Le guide complet de l'entretien pour décrocher un job de bizdev en start-up
11 conseils, dans l'ordre. Et un bonus pour ceux qui n'ont aucune expérience commerciale.
Si tu lis cet article jusqu'au bout, tu sauras réussir un entretien pour devenir business developer. Même si tu n'as jamais travaillé en start-up. Même si tu n'as jamais vendu quoi que ce soit.
Et si ton entretien est dans une heure : la meilleure chose que tu puisses faire, c'est de prendre 30 minutes pour lire ça. Je n'exagère qu'à peine.
Parce que chercher un job, c'est une phase difficile. Humainement, je veux dire. On se sent perdu, un peu comme sur un rond-point avec dix sorties. Chaque sortie, c'est un conseil : un copain, tes parents, un cousin qui "connaît le marché", un mec sur LinkedIn. Et tu ne sais jamais lequel suivre.
Sauf que le travail, ce n'est pas qu'un salaire. C'est de la sécurité, de la stabilité, mais c'est aussi l'endroit où tu vas passer une bonne partie de ta semaine. Tu vas peut-être y rencontrer tes futurs amis. Ta femme, ton mari, qui sait. Donc choisir une boîte, mine de rien, ça compte dans une vie.
Raison de plus pour ne pas se rater sur l'entretien de la boîte qui te plaît.
Si tu préfères les formats vidéo, regardes ces conseils sur youtube :
Deux mots sur pourquoi j'écris ça
Je ne suis pas coach carrière. J'ai commencé le commercial en 2008, à 19 ans. Plusieurs boîtes, plusieurs casquettes, et à Paris j'ai monté une agence de recrutement : plus de 15 000 CV sondés, plus de 250 recrutements de commerciaux. J'en ai vu des bons. J'en ai vu beaucoup d'autres.
Et je m'y suis remis ces derniers mois, pour mes propres projets. Résultat : 1 500 CV reçus, 294 premiers entretiens proposés, 7 personnes recrutées.
Oui, je pourrais améliorer mes process. Mais à un moment j'ai commencé à marmonner tout seul devant mon écran : on est en 2026 et les gens ne savent toujours pas faire un entretien d'embauche. Ils se présentent mal. Ça n'avance pas.
Et en marmonnant, je me suis dit : "Max, c'est la quarantaine qui te guette, là ? Tu es en train de devenir le vieux rabougri qui râle ?" Voilà, j'étais passé du côté obscur.
Sauf que ce n'est pas ce que je veux être. Je préfère montrer l'exemple que critiquer. Alors j'ai repensé au petit Maxime de 2008 : pas de diplôme, lycée raté, pas de bac, et des jobs à tirer des palettes à 6h du mat pour le SMIC. Contonné à des vies qui t'empêchent de changer de secteur parce que tu n'as pas "le profil type".
Si ce petit Maxime avait eu ce guide sous les yeux, il aurait sans doute passé moins de matins sur un quai de déchargement.
Donc voilà les 11 conseils. Du concret, dans l'ordre.
Si tu veux suivre mes contenu bizdev, voici mes liens :
Je post tous les jours sur linkedin : https://www.linkedin.com/in/maxime-pari/
Des formats long et pédagogique sur youtube : https://www.youtube.com/@maximepari
Comprends ce qu'une start-up achète vraiment
Première erreur, et elle est massive : croire qu'on recrute des vendeurs. Des gens motivés. Des gens qui "aiment la vente".
Faux.
Ce qu'on achète quand on recrute, c'est quelqu'un qui :
apprend vite
est autonome
sait encaisser les refus
exécute vite
apporte de l'énergie positive
C'est tout. Parce qu'en recrutement, on n'embauche pas un CV, on embauche un potentiel.
Comprends bien ce que ça change pour toi. Ça veut dire que peu importe ton parcours, tu n'as aucune raison d'avoir le syndrome de l'imposteur. Tu as ton parcours, il est ce qu'il est, et ce n'est pas lui qu'on évalue. Ce qu'on évalue, c'est ce que tu prouves sur ces cinq points.
Alors montre-le. Montre que tu apprends vite, que tu sais te débrouiller seul, que tu encaisses, que tu exécutes, et que tu as une énergie avec laquelle on se projette dans une équipe.
Tout le reste de cet article, c'est comment.
Les 4 questions que le recruteur se pose (sans te les poser)
Pendant tout l'entretien, il y a quatre questions qui tournent dans la tête d'en face. Elles ne seront jamais formulées telles quelles. Mais c'est sur elles que tu es noté.
1. Est-ce qu'il sait communiquer ? Est-ce qu'il parle bien français ? Est-ce qu'il y a une structure dans ses phrases ? Est-ce qu'il a de l'énergie ? Et surtout — est-ce qu'il sait écouter ? Un commercial qui n'écoute pas en entretien n'écoutera pas ses clients.
2. Est-ce qu'il sait travailler ? C'est là que tes exemples comptent. Est-ce que ça parle de tâches concrètes ? De responsabilités ? D'objectifs ? De ton organisation ? Ou est-ce que ça reste dans le flou et l'adjectif ?
3. Est-ce qu'il est coachable ? Alors on va te titiller un peu. Volontairement. Pour voir si tu acceptes un feedback ou si, à la première remarque, tu te victimises et tu sors trois justifications improbables. C'est un test, et beaucoup le ratent sans même savoir qu'il a eu lieu.
4. Est-ce que j'ai envie de bosser avec ce mec tous les matins ? Le fameux culture fit. Est-ce que je me projette avec cette personne, au bureau, comme nouveau collègue, tous les jours ? Question simple, réponse instinctive, poids énorme.
Garde ces quatre questions en tête pendant tout ton entretien. Elles sont ta vraie grille de notation.
Le CV parfait : arrête de sous-estimer LinkedIn
On est en 2026 et je vois encore beaucoup trop de candidats négliger LinkedIn.
Dans les start-ups, on n'ouvre même plus les CV. On va directement voir ton profil LinkedIn. Ça peut paraître bizarre dit comme ça, mais non : on est tous des stalkers. Ne me dis pas que tu ne vas jamais fouiller un profil Instagram avant de rencontrer quelqu'un. Les recruteurs font pareil, en costume, sur LinkedIn.
Et quand un candidat me dit "ouais mais moi j'aime pas LinkedIn" — on ne te demande pas de devenir influenceur. On te dit juste que c'est ton CV en ligne. Ce n'est pas à toi de l'aimer, c'est aux recruteurs, aux entrepreneurs, aux directeurs et aux RH qui vont le consulter. Peut-être que dans quelques années la bibliothèque de CV du monde sera ailleurs. Les conseils qui suivent tiendront quand même.
Organise tes expériences (et fais des choix)
On dit qu'un CV doit tenir sur une page. LinkedIn, c'est pareil dans l'esprit.
Si tu as beaucoup d'expérience, il faut fusionner. Moi j'ai eu trois ou quatre boîtes en CDI comme commercial. Les tâches et les objectifs étaient plus ou moins les mêmes : j'ai tout condensé en une seule expérience. Parce que les quatre séparées n'ajoutaient rien à mon histoire — elles ne racontaient pas autre chose en termes de tâches.
Si tu es junior, résiste à la tentation inverse. Je vois des profils en pleine crise d'identité qui empilent tous les stages, tous les petits jobs, mille trucs, en espérant que la quantité fasse la valeur. Ça ne marche pas. Si ce que tu ajoutes n'a aucun rapport avec le poste, ce n'est pas intéressant, et surtout ça rend ton profil confus.
Moi, avant de tirer des palettes chez Castorama, j'ai fait des déménagements, j'ai bossé en usine, j'ai eu une dizaine d'expériences comme ça. J'aurais pu vouloir toutes les mettre pour prouver que je savais travailler. Mauvaise idée.
Mets-toi à la place du RH : il descend des CV toute la journée. Rends-lui la vie facile. C'est exactement comme demain, quand tu seras vendeur : tu montreras à ton prospect les fonctionnalités qui correspondent à son besoin, tu ne dérouleras pas tout le catalogue. Ça le saoulerait. C'est pareil pour ton CV.
Trois compétences par expérience, minimum
Sur chaque expérience, associe au moins trois compétences. Ton style de vente, l'offre que tu portais, ton panier moyen, ou simplement les tâches et objectifs que tu avais. Sur LinkedIn comme sur le CV papier.
Si tu débutes : écris tes motivations
Quand ton passé ne justifie pas le poste avec cohérence, ce sont tes motivations qui font le lien.
À mon époque, on nous imposait la lettre de motivation. Elles étaient toutes nulles — il n'y avait même pas d'IA et c'était déjà du copier-coller, trois paragraphes, une "vraie méthode". Ce n'est pas ça que je te demande.
Trois lignes. Pourquoi tu cherches un job, et pourquoi celui-là. Pas de pavé. Mais cohérent.
Soigne le contenant, pas seulement le contenu
Il existe aujourd'hui une quantité d'outils en ligne pour t'aider. Donc plus d'excuse.
Un profil propre et aéré, qui se lit en diagonale. Le recruteur ne lit pas, il scanne.
Une photo pro. Et je pèse mes mots : je vois encore des photos éclatées au sol. À une époque, faire une photo correcte était une galère. Aujourd'hui on a tous un smartphone dans la poche. Tire-toi le portrait, une photo normale, et c'est réglé.
Travaille ton titre. Il doit correspondre au poste que tu cherches. Tu postules à des jobs de business developer ? Mets "Business Developer". C'est du commercial B2B ? Mets "Commercial B2B". Et surtout : ton titre peut parler de ton futur, pas de ton présent. C'est encore plus vrai si tu es junior ou débutant.
Mets un peu d'activité sur ton profil. Même si tu ne vis pas sur LinkedIn : quelques commentaires, une publication. Ça te fait exister dans les feeds. Des commentaires intelligents, hein. Pas des "Très inspirant 🙏".
Prépare ton entretien. S'il te plaît.
Je vois régulièrement des gens se plaindre en ligne : "j'ai envoyé 1 000 CV, aucun retour."
Bah oui. Moi j'en reçois plein, des CV comme ça, qui n'ont aucun rapport ni avec le poste ni avec l'entreprise. Rien à voir. Les jobboards sont de mieux en mieux foutus, tu postules partout en un clic, et le résultat c'est que tu candidates au hasard.
Reviens à ce qu'on disait en intro : la boîte que tu vas rejoindre va infléchir ta carrière. L'objectif n'est pas de postuler à 1 000 entreprises. L'objectif est de trouver un job qui te plaît dans une boîte qui te plaît.
Donc avant même de préparer ton entretien, prépare des boîtes. Trouve 20 entreprises qui te branchent chaque jour. Pas seulement sur les sites d'emploi : les sites d'actualité, la presse, le web en général. Prends ce temps d'aller chercher de l'information.
Fais tes devoirs
Pour la boîte où tu passes un entretien :
Regarde le produit qu'elle vend
Regarde ses offres commerciales
Regarde son marché
Jette un œil à ses concurrents
Mets-toi dans la peau d'un client potentiel
Ça s'appelle faire ses devoirs. Et le meilleur, c'est que ça se voit immédiatement quand tu les as faits — à condition de le mettre en avant.
Tu peux même t'en servir comme brise-glace : "Je suis content de pouvoir échanger avec vous, j'ai vu que vous faisiez A, B, C — j'ai lu l'article sur X." Dès les premières secondes, l'entretien a commencé et tu as posé le cadre. Tu te valorises avant même la première vraie question.
L'anecdote qui devrait t'inquiéter
En tant que recruteur, j'en avais tellement marre de recevoir des candidats qui n'avaient rien préparé que j'ai fini par mettre ça en toute première question :
"Merci de me consacrer du temps. Dis-moi : qu'est-ce qui a attiré ton attention dans cette annonce ? Qu'est-ce qui fait que j'ai eu l'honneur de recevoir ton CV ?"
Et je me suis rendu compte — ce n'est pas une blague — qu'un candidat sur deux ne savait pas qui j'étais. Ni quelle boîte on était, ni ce qu'on faisait.
Alors que c'est écrit dans le mail. Dans l'invitation agenda. Il y a une adresse avec un nom de domaine dessus.
Donc si tu n'as pas le temps de tout préparer comme décrit plus haut : cinq minutes avant l'entretien, fais au moins l'effort de copier-coller le nom de domaine dans ton navigateur et de regarder le site. Le minimum vital. Et adapte-toi.
Les questions RH classiques : ce que le recruteur cherche vraiment
Tu les connais, ces questions :
Pourquoi la vente ?
Pourquoi notre entreprise ?
Pourquoi devrions-nous vous recruter ?
Pourquoi vous quittez votre poste actuel ?
Parlez-moi d'un échec.
Parlez-moi de vos réussites.
Elles ont l'air bateau. Elles ne le sont pas — à condition de comprendre ce qu'elles testent.
Et là, je vois les candidats faire un truc de fou. Au lieu de dire clairement les choses et d'avoir fait leur travail intérieur pour dire la vérité, ils essaient de devine ce que le recruteur veut entendre. Puis ils inventent une réponse calibrée en fonction de la tête de la personne en face.
C'est contre-productif. Parce que la seule chose que le recruteur cherche avec ces questions, c'est la cohérence de ton discours. Il veut voir si ton histoire est logique. Si tu n'es pas un mytho. Point.
Et une histoire préparée pour plaire, même bien construite, même jolie, ça sonne creux. Ça rate complètement la cible. Donc arrête de penser à la place du recruteur.
Ces questions sont d'abord pour toi
Retourne-les. Elles sont plus légitimes pour toi, en tant que personne, dans ta propre recherche, que pour le recruteur.
Pose-toi les vraies :
Pourquoi je veux travailler dans la vente ? Fais la vraie liste.
Pourquoi cette entreprise m'a plu ? Qu'est-ce que j'y ai vu concrètement ?
Quelles sont mes capacités réelles pour faire ce job ?
Pourquoi je quitte mon poste actuel ? Celle-là est capitale.
Et ne mets pas du flanc. Les vraies histoires, ça s'entend tout de suite. La cohérence aussi.
Le détail des réponses, personne ne va le juger. On a le droit de te challenger — c'est même le job du recruteur — mais ce qu'on veut entendre, c'est ton parcours. Le tien.
Un candidat avec quelques défauts mais qui est vrai vaudra toujours mieux qu'un candidat télérobotique qui récite derrière sa webcam.
Raconter ton parcours : le script que tu joues, pas que tu récites
On entre dans l'entretien. Voici la partie qui doit être préparée à l'avance et connue par cœur. J'ai presque envie de dire scriptée. Non, en fait : scriptée.
Et je sais ce que certains vont me dire : "si c'est scripté, ça va faire réciter."
Non. C'est l'inverse. Si tu connais ton script par cœur, c'est là que tu peux en jouer. Comme les acteurs à Hollywood. Ne crois pas qu'ils font de l'impro : ils ont appris leur texte à un tel niveau que ça leur permet d'être extraordinaires, de mettre les formes, de livrer des prestations incroyables. Mets-toi dans les mêmes conditions. Une fois que c'est bien travaillé, ça rentre dans les cases et tu peux le débiter à toutes les sauces.
Les erreurs qu'on voit tout le temps
Ils parlent trop. C'est trop long. Donc ce n'est pas travaillé.
Ils mentent. Terrible. Ça se voit.
Les réponses sont vagues. Pas un chiffre, pas un détail.
Ils lisent leur CV dans l'ordre chronologique. "J'ai fait l'entreprise A, puis B, puis C, puis D." Là, en vrai, tu ne te présentes même pas.
Nous, ce qu'on veut savoir, c'est comment tu travailles. Avec des détails, sans flanc, sans partir en roue libre.
La structure
Fais un storytelling simple :
Pourquoi tu étais là
La situation
Les missions
Les actions que tu as menées
Les résultats
Tes learnings
Et des chiffres. Partout où c'est possible.
Et ce n'est pas obligé de durer des heures. Je te le prouve : j'ai chronométré.
Simulation 1 — Xerox (1 min 19)
"En 2008, je travaillais chez Xerox, j'étais vendeur de copieurs. Mes clients, c'étaient des TPE, des commerçants, des artisans. Mon objectif : rentrer six contrats par mois minimum, le top record était à 15.
On avait une semaine type. Deux jours de prospection, le lundi et le mercredi, autour d'une centaine d'appels. L'objectif sur ces deux journées, c'était de prendre 5 à 7 rendez-vous, parce qu'à 10-15 rendez-vous par semaine je savais que j'avais la matière pour faire mes chiffres. Les trois quarts du temps, j'ai fait mes objectifs. J'ai même battu deux records au niveau national — et ça, c'est vraiment grâce à mon manager : il m'a appris toutes les techniques de vente, par cœur, avec des coachings assez durs, mais il m'a fait passer un cap.
Il y a aussi eu des mois mauvais. Un mois, je me souviens, j'ai fait zéro. Grosse période de remise en question, je commençais même à regarder du côté du service marketing en me disant que je n'étais peut-être pas fait pour ça. Et finalement j'ai redoublé de volume en prospection, j'ai discuté avec mes collègues pour trouver des apprentissages, et je me suis remis dans la boucle.
J'ai beaucoup aimé cette expérience. Elle était néanmoins toujours axée sur la chasse de nouveaux clients — on repart à zéro chaque mois. J'avais envie d'une boîte avec des cycles de vente plus longs, où je puisse me projeter davantage."
1 minute 19. Avec les échecs, les chiffres, le storytelling, la transition. Et c'est du concret de bout en bout.
Simulation 2 — Mars Chocolat (1 min 30)
"Ensuite je suis allé chez Mars Chocolat — les marques M&M's, Twix, Snickers. Là c'est différent : j'avais un portefeuille de 25 clients, des Carrefour, des Auchan, des Leclerc en Île-de-France. L'objectif n'était plus de rentrer de nouveaux clients mais de faire de la croissance.
Sur un métier de chef de secteur, on pilote sa performance sur trois choses. La détention et les prix des produits en rayon — donc surveiller les ruptures. La part de linéaire, le PDL : le pourcentage de place que j'occupe face aux autres marques. Et la capacité à vendre de l'additionnel : les TG, les têtes de gondole, les box. Ce sont mes trois indicateurs.
Je travaillais sur l'Île-de-France, donc j'avais la chance — entre guillemets — de récupérer l'un des plus gros portefeuilles d'Europe. La chance parce que c'est flatteur et qu'on apprend énormément. Entre guillemets parce que la grande distribution dans Paris intramuros, c'est du 24h/24. Sur mes 25 clients, 10 font plus de la moitié de mon portefeuille, et ceux-là je veux les voir deux fois par semaine. Donc il faut être le premier à 5h du matin et le deuxième à 7h, parce qu'à 9h les magasins ouvrent et la place est aux clients, plus aux fournisseurs. Des journées costaudes.
Aujourd'hui je cherche un nouveau job parce que je m'intéresse aux start-ups et que ça fait deux expériences dans le traditionnel. Je suis passionné par les boîtes internet, je lis beaucoup d'actualité. Et j'aimerais un poste plus complet : chez Mars je gère un portefeuille mais je ne fais plus de chasse. Je veux retrouver les deux facettes."
1 minute 30. Deux expériences, deux minutes cinquante au total, et tu as une histoire qui tient la route sans rien compliquer.
Et honnêtement ? En me préparant mieux, je suis sûr de pouvoir descendre Xerox à 30 secondes. Je l'ai retenté en refaisant le pitch autrement : 46 secondes. Même contenu utile, zéro redite.
Voilà le niveau de préparation dont on parle.
Les erreurs qui t'éliminent presque immédiatement
N'arrive pas en retard
Et si tu es en retard — ça arrive, on a tous des problèmes de logistique dans la vie — prévenez. C'est tellement facile aujourd'hui : un texto, un mail, un WhatsApp.
Vérifie tes liens visio
En start-up, la plupart des entretiens, surtout les premiers, se font en visio. Et là il y a un piège tout bête.
Quand tu postules, ton agenda est lié à ton adresse mail perso. Tu n'as pas les mêmes réflexes qu'avec un agenda pro — parce que quand tu es bizdev, ton agenda est ton outil de travail et tu gères tes visios au millimètre. Là, en recherche de job, tu ne regardes pas tes liens, tu ne fais pas attention, et tu arrives en retard. Ou pas du tout.
Vérifie. La veille.
Ne pas connaître la boîte
On en a parlé au conseil 5. C'est vraiment terrible, et c'est un candidat sur deux.
Critiquer tes anciens managers ou tes collègues
Celle-là est connue. Et elle est vraie. Mais elle est mal comprise, donc précisons.
Ça ne veut pas dire qu'il ne doit pas y avoir eu de problème. Dans la vraie vie — malgré ce qu'on te dira en entretien et ce que tu lis sur internet — dans toutes les boîtes il y a des problèmes. Ça n'existe pas, une boîte sans tension. Une entreprise, c'est de la gestion de relations humaines au quotidien, et dans le service encore plus. C'est comme dans tes relations amicales ou familiales : il y a des hauts et des bas. C'est partout, c'est OK, c'est normal.
Ce qui bloque, ce n'est pas le problème. C'est la critique. Parce que quand tu critiques quelqu'un, on a du mal à se projeter avec toi. On se dit : "demain, ce sera mon tour." On se dit que le jour où le manager en face sera mal luné, ou fera une erreur — et il en fera — tu ne pardonneras rien. Ce sera Monsieur Critique, avec des alinéas.
Voilà pourquoi ça te sort du process.
Donc parle des problèmes, mais apporte la solution qui va avec. Montre comment tu as été force de proposition. Ce que tu as essayé de mettre en place — que ça ait été retenu ou pas, peu importe. Montre que tu as pris tes responsabilités.
Version qui te coûte le poste :
"Le cycle de vente était interminable, personne ne relançait après les démos, c'était le bordel."
Version qui te fait gagner le poste :
"Le cycle traînait, on perdait des deals après la démo faute de relance. J'ai proposé une séquence à J+2 et J+7 avec un template de récap. On est passés de 4 à 6 signatures par mois sur mon périmètre."
Même boîte, même dysfonctionnement, même histoire. Pas du tout la même personne en face.
Les questions de fin d'entretien : parle de TOI
On t'a dit que c'était bien de poser des questions à la fin. Alors tu poses des questions existentielles sur la boîte : l'offre, la croissance, les projets.
Ce n'est pas une mauvaise chose. Mais ce n'est pas une bonne chose.
Mets-toi à la place du RH : il fait des entretiens toute la journée. Une question bateau, c'est relou à répondre pour la huitième fois. Et en plus, la personne en face n'est pas au courant de tout. Un DRH ne connaît pas les chiffres du service commercial. Un directeur commercial ne connaît pas tous les process RH. Le dirigeant, lui, sait tout — mauvais exemple.
Donc pose des questions qui montrent que tu es intéressé par le poste. Et pour ça, le levier c'est simple : pose des questions qui te concernent, toi. Ce sont celles-là qui montrent que tu es motivé et que tu te projettes.
Le feedback à chaud
Par rapport à ce que je vous ai raconté, qu'est-ce qui vous plaît sur mon profil ?
Et les points d'amélioration ? Ou les choses que j'ai mal expliquées, sur lesquelles il vous faudrait plus d'info ?
Excellente question, pour une raison mécanique : tu récupères les objections en direct. Et une objection énoncée à voix haute est une objection que tu peux traiter tout de suite. Comme en rendez-vous client. Bonus : tu montres que tu es coachable — souviens-toi de la question n°3 dans la tête du recruteur.
Le concret du poste
Si je commence avec vous demain, ça ressemble à quoi ? Mes premiers jours, ma première semaine ?
Quels sont les objectifs des 90 premiers jours ?
Comment sera évaluée ma période d'essai ?
C'est quoi les objectifs chez vous — et combien de commerciaux les atteignent chaque mois ?
Combien de commerciaux touchent réellement les primes annoncées sur l'annonce ?
Ces deux dernières challengent la boîte, franchement. Mais comme elles te concernent, personne ne le prend mal. Et l'information est capitale : un objectif que 8 commerciaux sur 10 atteignent, c'est un objectif. Un objectif que 1 sur 10 atteint, c'est un piège à variable.
Tes questions ont le droit de parler d'argent, de commissions, d'organisation, de planning. C'est ton métier futur, c'est ta paye.
Les questions un peu plus existentielles (mais qui te concernent quand même)
Pourquoi ce poste est ouvert ?
Qui réussit ici ? Et pourquoi certains échouent ?
À quoi ressemble la personnalité de votre meilleur commercial ?
Celles-là sont rigolotes à poser, et surtout : tout le monde a une réponse. Ça se répond, et ça fait plaisir à répondre.
Résultat de l'ensemble : tu passes de candidat qui coche des cases à commercial qui qualifie une opportunité. Tu fais la démonstration de ton métier pendant l'entretien, au lieu d'en parler.
L'après-entretien : là où tout se joue
Crois-moi ou non : 99 % des gens font l'entretien, et attendent. Y compris pour des jobs de commercial. Ils font l'entretien. Ils attendent.
Alors qu'est-ce qu'on fait après ?
Le mail de remerciement → tu entres dans les 1 %
Ça ne mange pas de pain, et avec les outils actuels c'est devenu facile de faire un mail propre. Mais le vrai levier, c'est d'y mettre un petit récap du poste tel que tu l'as compris.
"J'ai compris qu'avec vous, demain, je devrais faire A, B, C."
Pourquoi ça marche si bien ? Parce que quand on finit un premier entretien RH, on se demande souvent si le candidat a vraiment compris ce qu'on allait lui demander. On n'en est jamais totalement sûr. Toi, tu lèves le doute à leur place.
Juste avec ça, tu fais partie des 1 %. Ce n'est pas une blague. Et ça peut même combler pas mal de lacunes que tu aurais laissées plus tôt dans l'entretien.
Bonus non négligeable : ton recruteur va devoir défendre ta candidature en interne. Tu viens de lui écrire son argumentaire. Il n'a plus qu'à faire "transférer".
La relance → tu entres dans les 0,1 %
Relance. S'il te plaît, relance tes candidatures.
C'est vrai pour tous les jobs. C'est indispensable pour un job de commercial ou de business developer. Parce que dans le business development, tu vas passer tes journées à relancer des prospects. C'est la moitié du métier. Le corps même du job.
Comment veux-tu convaincre que tu vas relancer un prospect pendant six semaines sans lâcher, si tu ne relances pas ta propre candidature une fois ?
Ouvre d'autres portes
Le RH est une porte. Ce n'est pas la seule.
Va relancer le directeur commercial en message privé :
"J'ai postulé chez vous, j'ai adoré la boîte. Tu as de la visibilité sur ma candidature ? Le poste est toujours ouvert ?"
Va parler aux commerciaux de la boîte :
"J'ai postulé sur le poste de bizdev, ça me plaisait bien. Tu sais s'il est encore ouvert ? Qu'est-ce que tu me conseilles pour faire remonter mon CV ? Je peux parler au directeur commercial de ta part, tu penses ? C'est quoi les points forts du job ?"
Cette formulation-là est la bonne : tu ne demandes pas un service, tu demandes un conseil. Les gens adorent donner des conseils. Et souvent, celui qui te donne le conseil devient celui qui porte ton CV.
Et si tu n'es pas pris : accepte le non
C'est important dans ce métier. Et là je te renvoie à mon histoire du début : ne marmonne pas, ne deviens pas un boomer aigri, ne deviens pas une victime.
Parfois ils ont trouvé mieux que toi. Ça arrive. Accepte-le.
Ce que je vois trop souvent, ce sont des candidats dont ça gâche la journée. Ils remettent toute leur carrière en question, ils rejouent le scénario entier dans leur tête. Ne le prends pas personnellement. Il y a beaucoup de boîtes dans la vie et on a tous une trajectoire à prendre. Si ça ne s'est pas fait, tant mieux : ça ne devait pas se faire.
Ne lâche rien. Continue à postuler, continue à aller chercher des entretiens. Bien sûr que ça va marcher.
Et puis dans ton futur job de bizdev, ce sera la même vie : tu prendras des non toute la journée, et il faudra passer au-dessus. Autant apprendre à les digérer maintenant.
Bonus : réussir son entretien sans aucune expérience commerciale
Si tu n'as jamais vendu, voilà ce qu'il faut montrer.
Dis-le, et enchaîne
N'attends pas qu'on le découvre. Pose-le toi-même :
"Je n'ai pas d'expérience commerciale, c'est mon défaut, mais j'ai envie de le faire parce que 1, 2, 3. Merci de me donner l'opportunité de me présenter."
Tu as préparé tes motivations au conseil 6. C'est le moment de les sortir. Et tu gagnes dix minutes de gêne mutuelle.
Prouve que tu sais travailler
C'est ça qu'on achète, pas de l'expérience.
Fais une liste de tâches et déroule-les. Montre la motivation. Montre les réussites. Montre ce que tu as appris en sortie de chaque job, même des petits jobs, même des choses minuscules.
Parce que — retour au conseil 1 — on cherche des gens qui travaillent, qui apprennent, qui s'adaptent, et qui sont en capacité de produire. De débiter des choses. Si tu prouves ça, ton absence de CV commercial devient un détail.
Un candidat qui raconte précisément comment il a réorganisé le service en salle pour absorber le rush du midi est mille fois plus crédible qu'un candidat qui dit "j'ai un bon relationnel".
Et fabrique-toi un exemple concret cette semaine
Voilà le meilleur truc de tout l'article. Tu peux arriver en entretien et dire :
"Pour m'entraîner au métier de commercial, j'ai démarché 200 directeurs commerciaux."
Parce que chercher un job, c'est le même métier que commercial.
Tu ne cherches pas des clients, tu cherches des entreprises. Tu vas voir qui sont les bons interlocuteurs dans les boîtes. Tu prends des rendez-vous — et tes rendez-vous, ce sont tes entretiens.
Le métier de commercial | Ta recherche de job |
|---|---|
Construire une liste de prospects | Construire une liste d'entreprises |
Identifier le bon interlocuteur | RH, directeur commercial, fondateur |
Prendre contact à froid | LinkedIn, mail, téléphone |
Décrocher un rendez-vous | Décrocher un entretien |
Relancer | Relancer |
Closer | Signer le contrat |
Alors mets-toi dans la peau d'un commercial. Fais une liste de 200 entreprises pour lesquelles tu te vois bien travailler. 10 par jour. Ça te prendra peut-être 2 heures — prends ces 2 heures.
Va chercher les directeurs commerciaux, va chercher les fondateurs, et parle-leur en direct. LinkedIn est une merveille pour ça : tout le monde est accessible en un clic en message privé. Et si tu suis un peu l'environnement bizdev, tu sais qu'on récupère les mails et les numéros de téléphone en un clic avec les bons outils.
Considère que ta recherche de job est le job. Et que ce job, c'est un job de commercial.
Si le filtre RH et le filtre jobboard ne te laissent pas passer, prends les portes annexes. Rien ne te l'interdit. Et accessoirement, un candidat qui trouve une porte annexe vient de prouver la compétence numéro un du métier : atteindre un décideur qui ne l'attendait pas.
Un dernier message
N'oublie pas ça : les entreprises ne recrutent pas le meilleur commercial. Elles recrutent la personne qui leur donne le plus confiance pour réussir demain.
C'est un pari sur l'avenir.
Ce qui veut dire que tu n'as pas besoin d'être le meilleur. Tu as besoin d'être celui qui rend le pari évident : celui qui a fait ses devoirs, qui raconte son parcours avec des chiffres, qui prend ses responsabilités quand il parle du passé, qui pose les vraies questions sur son futur poste, et qui relance quand tous les autres attendent.
Allez, ciao les bizdevs.
Force à vous.